jeudi, 13 mars 2008
La parenté
J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie en librairie de mon ouvrage La parenté publié aux éditions Gallimard dans la collection « Folio Essais inédits ». Je reproduis ici le quatrième de couverture qu’Éric Vigne, le directeur de la collection Folio, a rédigé pour celui-ci.
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« On ne parlait que d’elle dans les années de la vague structuraliste. Puis elle a été emportée avec l’eau du bain, au point qu’apparemment il n’y a plus rien à en dire. Or, la parenté est au centre des bouleversements des sociétés occidentales — la médicalisation des pratiques liées à la génération et les multiples recompositions de la famille, dans les pratiques (« démariage », familles « recomposées », familles monoparentales, etc.) comme dans les normes (PACS, revendication au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels, etc.).
Laurent Barry propose, à partir d’un état des lieux des « notions » (filiation, alliance et nomenclature) et des « systèmes » (« élémentaires », « endogames », « complexes », etc.), une théorie des groupes de parenté et d’alliance : ceux-ci ne sont pas de simples procédés visant à desservir des « fonctions » utiles aux agents (l’établissement de réseaux d’échange, via la circulation des femmes, selon Lévi-Strauss, ou celles d’intérêts politiques ou économiques selon les analystes des systèmes « endogames » ou « complexes »), mais l’aboutissement d’un processus classificatoire permettant à l’Homme de procéder à la nécessaire démarcation entre le « Nous » et les « Autres ».
Il apparaît alors que certaines des questions qui se posent à nos sociétés « postmodernes » ne sont pas d’une radicale nouveauté, mais correspondent, plus simplement, à des formes auxquelles l’humanité s’est déjà essayé au cours de sa longue et turbulente histoire. »
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(L'ouvrage est disponible en ligne sur les sites d'Amazon, d'Alapage, de la Fnac, et sur ceux des librairies en ligne Decitre, Mollat, LaProcure, OLF, Bibliopoche, etc.)
18:56 Publié dans Anthropologie de la parenté, Livre, Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parenté, mariage, alliance, filiation, anthropologie, ethnologie
mardi, 17 avril 2007
Une société sans père ni mari
(L'île d'Utopie de Thomas More ; Source illustration : BNF)

On s’accorde généralement à reconnaître deux sens au terme utopie. Dans la première acception, la plus triviale, il s’apparente à la fabula, au récit inventé. Dans l’autre - celle des Lumières, de Thomas More et de Fourier - il est surtout la chose conçue de façon « rationnelle », qui refuse de se soumettre au joug des contraintes biologiques ou sociales. Ainsi, dans son célèbre roman d’anticipation, Le meilleur des mondes (1932), Aldous Huxley nous présente la vision de ce qui se rapproche le plus, selon moi, d’une pure utopie ; en raison du caractère imaginaire de la société qu’il décrit, bien sûr, mais surtout parce que l’expression la plus radicale de la volonté de contrôle humain s’y manifeste dans un domaine où normalement ces mêmes contraintes sont le plus étroitement liées : celui de la génération. Dans cette société, les enfants - dont la conception est entièrement confiée aux bons soins de machines - ne doivent rien, ni biologiquement ni socialement à leurs aînés.
Certes, les pratiques et les conceptions des Na (l’un des quatre groupe Mo-so), que Caï Hua analyse dans Une société sans père ni mari, ne relèvent pas d’une quelconque utopie. Elles ne découlent pas du choix « rationnel » des acteurs qui y participent, mais bien de ces mêmes invariants sociaux et biologiques qu’elles partagent, nolens volens, avec l’ensemble des sociétés humaines. Et pourtant la dissociation entre ces divers ordres de fait - sexualité, reproduction et filiation - qui procède, comme l’indique le titre de l’ouvrage, de l’absence de mariage et de toute forme de paternité, apparaît ici presque aussi radicale que dans la description qui valut son succès au livre de Huxley.
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(L’« À propos » suivant porte sur le livre de Caï Hua, Une société sans père ni mari. Les Na de Chine, Paris, P.U.F., coll. Ethnologies, 1997, 371 p., bibl., gloss., fig., cartes. Il a été publié en 1998 dans la revue L’Homme, 146, pp. 233-247, sous le titre Le tiers exclu. Le lien suivant mène à la version PDF complète du texte disponible sur le site Persée du Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. )
Lire l’article complet : Une société sans père ni mari
11:55 Publié dans Anthropologie de la parenté, De la raison biologique à la logique sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Anthropologie, Na, Chine, Parenté, paternité, mariage, absence de mariage
lundi, 16 avril 2007
Le "Mariage arabe"
(L'un de mes informateurs, Adamaoua, Nord Cameroun. Photo de l'auteur)
Au nombre des problèmes « classiques » qui, de longue date, fascinèrent les anthropologues s’intéressant aux questions de parenté figure, sans conteste, le « mariage arabe », l’union entre enfants de frères. Celui-ci dresse en effet un écueil logique d’un abord délicat pour qui entend l’appréhender à partir des concepts et des catégories traditionnelles de la théorie anthropologique. Remettant en cause la notion « d'exogamie » telle qu’elle fut développée depuis les travaux de John F. McLennan (1865), et par conséquent celle d’« échange », il apparaît manifestement réfractaire à toute analyse formulée en termes de « théorie de l’alliance » ou d’« alliance de mariage » (Dumont, 1971; Lévi-Strauss, 1967).
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(L'article suivant a été publié en 1998 dans la revue L'Homme, vol. 38 (147) : 18-50, sous le titre Les modes de composition de l'alliance. Le "mariage arabe". Le lien ci-dessous mène à sa version PDF sur le site Persée du Ministère de l'Education et de la Recherche).
Lire l'article complet : Le "mariage arabe"
18:35 Publié dans Anthropologie de la parenté | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Anthropologie, mariage, parenté, "mariage arabe", endogamie, Peuls, Afrique
dimanche, 15 avril 2007
Hymen, Hyménée ! Mariage et parenté dans la tragédie grecque
J’aimerai présenter ici quelques réflexions inspirées d’une lecture personnelle des Suppliantes d’Eschyle et, pour ce faire, il me faut commencer par invoquer quelque excuse valable. Pourquoi s’intéresser, une fois encore dira-t-on, aux Grecs et à leurs dramaturges ? N’est-ce pas là affaire du seul helléniste, cet homme, comme l’écrivait un contemporain en 1810, « qui étale du grec, qui en vit et qui en vend au public, aux libraires, au gouvernement… » (P. L. Courier, cité par François Hartog 1980 : 20) ?
Les Danaïdes par John William Waterhouse (1904).
Si je reviens sur ces questions, c’est qu’il me semble que, s’il est vrai que les matériaux ethnographiques constituent désormais un patrimoine bien trop précieux pour qu’on en confie la garde aux seuls ethnologues, à fortiori, les matériaux grecs sont encore sous bien des aspects trop vivants, trop « contemporains », pour que les anthropologues ne puissent de temps à autre en subtiliser quelques pièces aux rayonnages de leurs amis historiens. Mais alors pourquoi Les Suppliantes ?
Simplement parce que cette pièce condense deux arguments qui intéressent directement le propos des ethnologues et qui n’ont pas su, pour l’heure, trouver une juste place dans le florilège des tropes chers aux hellénistes.
Dans le premier argument, – que j’ai récemment exploré dans un autre texte (Barry 2004) et sur lequel je ne m’attarderai donc pas ici –, Eschyle nous parle moins de « citoyenneté » ou « d’autochtonie », qu’il ne nous entretient du corps et de ses écarts, de ce qu’ils nous cachent et de ce qu’ils nous dévoilent. En s’ attachant à décrire ainsi les multiples marques et écarts que la nature imprime dans les êtres en fonction de leurs topoï d’origines, le poète nous enseigne la manière dont ils – ces écarts somatiques et phénotypiques si l’on préfère – constituent ou non des signes, servent ou non de critères entrant en considération dans une distinction et une hiérarchisation des hommes. Or, chez Eschyle – c’est également vrai d’ Hérodote –, ces marques ne sont jamais autre chose que les signes des parcours individuels, des stigmates que les lieux impriment aux êtres à la naissance ; jamais elles ne seront érigées en indices de qualités particulières propres aux hommes et aux peuples qui les arborent. Si ces traces sont immédiatement visibles et remarquables, si elles sont bien perçues comme une singularité et une différence fondamentales par l’œil et par la pensée grecque, elle ne sont pas pour autant – au Ve siècle du moins et pour quelque temps encore – des signes, et n’interviennent donc en rien dans l’établissement d’ u n e échelle de classification des peuples.
Le second argument développé dans la pièce touche plutôt aux affects, avec l’acception très particulière que les Grecs prêtent à la notion d’hubris, de démesure. Il renvoie cette fois plus directement à la grille interprétative et aux questions des historiens qui se confrontèrent à ce texte, autour de l’étrange manière dont les Danaïdes qualifient le désir et les actes de leurs cousins Égyptiades, qualifiés de « déments » et « d’impies » inspirés par Atê, par l’Erreur personnifiée. En réponse à cette hubris de leurs proches, les Danaïdes surenchériront dans la démesure, ce tant à nos yeux qu’à ceux du public grec du Ve siècle av. J.-C. Dès l’Héraclès d’Euripide en effet, le chœur nous rappelle l’horreur du crime des Danaïdes, lorsqu’il s’écrie : « Le rocher d’Argos garde la mémoire du crime des filles de Danaos, et la Grèce n’en connaissait pas de plus fameux et de plus incroyable » (1962 : 59, v. 1015), juste avant d’affirmer que le massacre par Héraclès de ses enfants et de son épouse, Mégara, l’a finalement surpassé en horreur.
Pourtant, comme les lecteurs de la pièce l’ont maintes fois souligné, ce que, à l’origine, leurs cousines reprochent amèrement aux Égyptiades relève d’une pratique parfaitement acceptée et attestée dans la polis athénienne à l’époque classique. Comment Eschyle, et peut-on le supposer son public, peut-il alors prendre fait et cause pour les Danaïdes lorsqu’elles fustigent l’hubris de leurs cousins, là où, au regard de ce que nous connaissons des institutions et pratiques de la cité grecque à cette époque, nous ne discernons nulle « démesure ».
C’est ce dernier argument que je me propose de développer à présent, dans une relecture de la pièce qui, entre les diverses interprétations qui en furent avancées, tranchera en faveur de celle qui privilégie une rhétorique de l’hubris : la démesure des Égyptiades dans Les Suppliantes à laquelle fait écho l’excès des Danaïdes dans Les Égyptiens se résout – procédé auquel Eschyle a déjà recouru dans L’Orestie – avec Les Danaïdes, dernière pièce de la trilogie qui renoue avec le « rien de trop » cher aux Anciens.
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(L’article complet, ci-dessous, est au format PDF. Il a été Publié en 2005 par L’Homme, n° 175-176, pp. 289-322.)
Lire l'article complet : Hymen_Hymenee_.pdf
14:00 Publié dans Anthropologie de la parenté, Lectures anthropologiques d'auteurs classiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Anthropologie, Eschyle, tragédie, Les Suppliantes, mariage, grecs


