mardi, 17 avril 2007

Une société sans père ni mari

(L'île d'Utopie de Thomas More ; Source illustration : BNF)

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On s’accorde généralement à reconnaître deux sens au terme utopie. Dans la première acception, la plus triviale, il s’apparente à la fabula, au récit inventé. Dans l’autre - celle des Lumières, de Thomas More et de Fourier - il est surtout la chose conçue de façon « rationnelle », qui refuse de se soumettre au joug des contraintes biologiques ou sociales. Ainsi, dans son célèbre roman d’anticipation, Le meilleur des mondes (1932), Aldous Huxley nous présente la vision de ce qui se rapproche le plus, selon moi, d’une pure utopie ; en raison du caractère imaginaire de la société qu’il décrit, bien sûr, mais surtout parce que l’expression la plus radicale de la volonté de contrôle humain s’y manifeste dans un domaine où normalement ces mêmes contraintes sont le plus étroitement liées : celui de la génération. Dans cette société, les enfants - dont la conception est entièrement confiée aux bons soins de machines - ne doivent rien, ni biologiquement ni socialement à leurs aînés.

Certes, les pratiques et les conceptions des Na (l’un des quatre groupe Mo-so), que Caï Hua analyse dans Une société sans père ni mari, ne relèvent pas d’une quelconque utopie. Elles ne découlent pas du choix « rationnel » des acteurs qui y participent, mais bien de ces mêmes invariants sociaux et biologiques qu’elles partagent, nolens volens, avec l’ensemble des sociétés humaines. Et pourtant la dissociation entre ces divers ordres de fait - sexualité, reproduction et filiation - qui procède, comme l’indique le titre de l’ouvrage, de l’absence de mariage et de toute forme de paternité, apparaît ici presque aussi radicale que dans la description qui valut son succès au livre de Huxley.

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(L’« À propos » suivant porte sur le livre de Caï Hua, Une société sans père ni mari. Les Na de Chine, Paris, P.U.F., coll. Ethnologies, 1997, 371 p., bibl., gloss., fig., cartes. Il a été publié en 1998 dans la revue L’Homme, 146, pp. 233-247, sous le titre Le tiers exclu. Le lien suivant mène à la version PDF complète du texte disponible sur le site Persée du Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. )

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